dans Peinture, revue

 

La galerie Openspace (Paris) présente jusqu’au 16 juin 2018 une rétrospective consacrée à l’artiste toulousaine Miss Van.

Avec plus de 90 œuvres réunies, c’est un événement exceptionnel qui revient sur les 15 dernières années de la carrière de Miss Van (née en 1973), cette figure majeure du street-art, l’une des premières femmes à avoir développé un style unique, figuratif, imposant une griffe lowbrow aujourd’hui immédiatement reconnaissable, bien qu’à ses débuts, vers 1993, la représentation des femmes sur les murs de la Cité rose avait donné à lieu à une étonnante « joute » picturale entre Miss Van, Fafi et Mademoiselle Kat.

Miss Van, 2003-2018

 

Miss Van, 2003-2018.
Du lowbrow au pop-surréalisme

L’exposition regroupe, sur les trois niveaux de la galerie, une sélection de dessins et peintures sur différents supports, papier, toile, bois. On réduit souvent la griffe de Miss Van à ces portraits de jeunes femmes-poupées espiègles aux yeux étirés et mi-clos, aux couleurs pétillantes, « pop » mais subtiles, qui insinuent du mouvement, de la virevolte dans l’oeuvre. Cette exposition bouleverse ces clichés car les figures mi-animales mi-humaines, au trait « Disney », de ses premiers pas dans les rues de Toulouse ont disparu désormais de sa production, la part animale ne s’exprimant plus comme un postiche posé sur une tête mais davantage à travers des traits d’expression, comme si l’animalité s’était progressivement insérée dans les gènes des œuvres. Le style lui-même s’est complexifié et cette exposition permet de saisir l’évolution magistrale du travail de l’artiste, les aplats vifs à la sauce comics disparaissant au fil du temps au profit de nouveaux détails, de nouvelles textures qui épaississent le ressenti du spectateur, densifient l’aura des œuvres. A partir des années 2010, la composition devient également plus chargée en incorporant différents détails folkloriques issus des voyages de l’artiste, en Amérique du Sud notamment. Mais chaque emprunt est digéré et réinterprété subtilement, proposant ainsi un syncrétisme original entre la peinture classique européenne et les influences lointaines. Dans cette veine, sa série la plus récente, Gitanes, introduit l’usage de l’huile, un médium que Miss Van a gardé à distance très longtemps : « j’avais beaucoup trop de respect pour ce médium de la peinture classique et n’osais pas m’y attaquer. Et puis je me suis lancée, en développant par moi-même une technique qui me permet de conserver un mode de travail basé sur l’instant et la rapidité d’exécution. Je cherche à peindre le moment présent, j’aime improviser sur la toile, ne pas avoir d’idées préconçues sur le résultat final, pas même sur les couleurs qui peuvent évoluer au cours de la peinture. » L’huile lui permet d’exprimer les sentiments incertains de ses femmes, de développer une aura floue, une brume légère. L’huile, médium chaud et onctueux, lui permet ainsi d’ajuster la gravité omniprésente de ses peintures, de représenter avec une faussé légèreté des sentiments sombres.

Les personnages de Miss Van, s’ils ont souvent un visage chamarré, jouent du contraste permanent entre effacement, timidité, repli sur soi – symbolisés par le masque sombre évoquant en négatif la Bauta des carnavaliers de Venise, par le masque-bec du médecin de peste, ou par les cagoules légères – et extravagance, à travers des chevelures foisonnantes, des poitrines offertes ou des postures de pin-up effrontées. La problématique qui traverse l’oeuvre de Miss Van à travers le temps est celui de la représentation de la féminité : « je cherche à représenter la féminité au-delà de ses attributs classiques, ou en projetant ces attributs dans d’autres univers » nous confie-t-elle. Ainsi, la chevelure, omniprésente, symbolise à la fois la quintessence de la femme dans toute sa naturalité mais aussi sa part animale, sauvage. « The wind is in my air« , oeuvre surréaliste de 2016, dénote totalement dans l’exposition mais suggère une possible future voie de traverse pleine de promesses pour une femme qui privilégie une démarche artistique totale à la facilité d’une production commerciale convenue, travers dans lequel tombent parfois les artistes issus du street-art.

Miss Van, « The wind is my hair », 2016

 

Miss Van -Gitana VII

Miss Van -Gitana VII – 76x61cm – 2018

Plus d’informations :

GALERIE OPENSPACE

116, bd Richard Lenoir – 75011 Paris
Tél. : (+33) 09 80 66 63 94
La galerie est ouverte du mercredi au samedi de 14h à 19h

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