dans Gymnopédies, revue

 

1992, quitter Aurillac. Le Bac dans la poche de mon Levis, et un fort désir d’émancipation en tête. Quitter son insouciante nonchalance de ville moyenne protégée – isolée – entre volcans et portes de l’Occitanie, les clameurs de la foule de son Festival de Théâtre de Rue venant chaque année étouffer le tintement des cloches des Salers, puis laisser le silence revenir.

25 années plus tard, une rencontre avec l’artiste GoddoG à Marseille, au Festival Rebel Rebel du Frac Paca, m’apprend l’existence de Session Libre et de ses activités autour des cultures urbaines dans la capitale cantalienne : la pertinence de ses choix d’artistes, l’engagement de ses organisateurs.

25 années plus tard, donc. Aurillac a morflé. Comme beaucoup de villes moyennes de province, les jeunes sont partis espérer ailleurs, les cheveux ont blanchi, la commune a perdu plus de 5000 âmes, le cœur de ville déclinant au profit des zones commerciales périphériques anonymes. Le gris des ronds-points défie le vert des collines.

Pourtant, c’est une tout autre palette qui vient imprimer la rétine du visiteur qui pénètre les boulevards de la cité : depuis 2 ans, le festival 10ème art invite une sélection d’artistes nationaux et internationaux à venir jouer de la bombe et du pinceau pour donner une seconde vie bienfaitrice à ces façades anonymes, qui ont pour la majorité l’avantage d’être dans des lieux passants. Depuis, les discussions vont bon train entre l’artiste et les résidents témoins du live ; une fois l’installation réalisée, les habitants du quartier deviennent les meilleurs promoteurs de l’oeuvre, promus guides-conférenciers de parking pour assurer le postérité du discours du peintre, même après les premières craquelures et salissures. Ainsi naissent les histoires, ainsi naissent les vocations.

 

Session Libre, quality street culture

Le noyau du festival, c’est l’association Session Libre fondée en 1999. Elle utilise les cultures urbaines comme cheval de Troie pour tisser un lien auprès des plus jeunes par la culture et le sport, dans la proximité et la durabilité. Ainsi de nombreux projets ont vu le jour autour du skate, du BMX et du Street Art, avec différents temps forts : les sessions volcaniques (contests skate & bmx), le Bowl on Fire (compétition internationale de skate board), Hibernarock (festival de musiques actuelles), l’édition du magazine TransferT…

 

Epicentre, lieu de rupture.

Pour déployer ses activités, Session Libre possède un magnifique écrin de béton mis à disposition par la Communauté d’Agglomération du Bassin d’Aurillac : un skatepark extérieur de 1100m2, des murs d’expression, et un ensemble intérieur avec un skatepark chauffé de 600m2, les bureaux, bar, et shop. De quoi accueillir le public tout au long de l’année et servir de véritable plateforme pour toutes les activités de l’association, affirmant le rôle majeur de cette structure pour maintenir une activité culturelle pérenne sur le territoire et un travail suivi en terme de médiation. Espérons que les partenaires et financeurs publics sauront maintenir les aides pour les projets à venir, dans un contexte de fusion régionale Auvergne-Rhône-Alpes qui peut réserver de mauvaises surprises à certains acteurs.

 

Une programmation 2017 affirmée.

L’enjeu majeur de cette deuxième édition est de faire sens, et de trouver des lieux qui fassent écho à l’univers de chaque artiste. Ainsi, en plus des façades extérieures de bâtiments classiques, on trouve une maison de quartier, une maison de retraite, ou un service de soins palliatifs. Des discussions s’engagent sur la démarche, l’oeuvre fait débat, et l’artiste argumente.

2017, y revenir.

 

Les artistes de cette deuxième édition :

Jace (Le Havre, La Réunion) , l’auteur des Gouzous.
Cryptik (USA) , entre calligraphie et azulejos, un émerveillement universel, total.
Meshos (Belgique), un côté graphique, des visages grands formats.
Russ (FR) Un univers organique, voire végétal.
Emar (FR) Un humour cynique, celui qui a fait la blague à Banksy.
Inso Mundo
(Suisse) Artiste illustrateur qui se rapproche des muralistes latins.
Poter
(FR) Un univers flat design, des couleurs pop.
Le Chien Vert
(ES) Un graphisme spirituel, naïf et proche des chamans.
Squizzato
(FR) abstraction minimale et pop-constructivisme.
IGGY (
FR) Hip-hop style, à la croisée de la BD et l’illustration.
Chazz Was here
(FR), une approche écolo, avec de la mousse.. les murs reprennent vie.

Photos de l’édition 2016 :

 

Péhunka Family – Résidence la Montade

Supo Caos – Boulevard de Verdun

GoddoG – Boulevard de Verdun (La Montage)

Astro – Gymnase Marie Marvingt

Pablito Zago – Parking Jules Ferry

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