dans Peinture
 

Borondo peint des corps géants imparfaits que l’on devine meurtris ou cabossés. Les coups, ou l’épreuve du temps tout simplement, ont laissé tant de marques que les visages effacés de ses sujets sont presque des soulagements pour le regard. Dans l’absence on peut accrocher l’espoir d’un refuge intact, d’une zone d’épargne. Une partie de l’œuvre picturale de Peggy Viallat-Langlois pourrait venir ici en complément : les visages, les figures, d’inconnus ou de personnalités, constituent son territoire artistique de prédilection.

Mais les meurtrissures sont plus explicites que chez Borondo et se déclinent en une large palette qui prend possession des portraits géants qu’elle propose. On sent que la peinture de Peggy Viallat-Langlois est en équilibre sur un fil de rasoir : des expressions figées, des yeux clos, des regards perdus (« Certains d’entre nous »), d’une neutralité troublante, ou ce triptyque « Boxe » de visages tuméfiés mais frondeurs. Par un choix de pigments chauds – carmins, ivoire, orange ou ambre -, posés en couches saturées, Peggy sublime les meurtrissures des chairs. Diplômée de l’Ecole des Beaux-Arts de Saint-Etienne, elle a entamé une brève carrière de restauratrice avant de s’abandonner à sa propre production picturale. Son « Autoportrait » sur format géant se décline alors ad nauseam, les postures et les couleurs invitant à la comparaison avec les triptyques de Francis Bacon. Avec leurs faux-airs de Béatrice Dalle, les lèvres pulpeuses et toujours légèrement entrouvertes, ces autoportraits charnels exercent une inextricable attirance, paradoxale puisque les écorchures – vives ou suggérées – sont omniprésentes jusqu’aux toiles totalement sanguines.
 

Le métier dans le sang

L’autre grand espace pictural où s’attarde Peggy Viallat-Langlois c’est la chair animale, ce qui là aussi rappelle l’univers sanguin du peintre anglais. Natures mortes sur étal de boucher pourrait être l’autre titre de sa série In-carner (Aurillac, 2014) : tête de mouton ou de lapin écorchées, « Grand cochon » débité, « Têtes de veaux » au regard interdit. On se dit qu’à l’instar du romancier Gilles Pétel, Peggy Viallat-Langlois fait son métier dans le sang, et l’on ne s’étonne donc plus que son outil de travail, son « pinceau », n’est autre qu’un couteau de boucher. Un grand. Bien affûté et la la lame effilée. Le secret d’une peinture si tranchante réside-t-il dans l’intention de l’artiste ou dans l’arme qu’il utilise pour l’exécuter ? On reste sans réponse devant l’intensité des toiles, le désir de vivre de ces peintures qui représentent pourtant un trépas prononcé.

Qu’ils soient humains ou animaux, les corps peints se retrouvent pareillement ficelés, unis par des liens trop serrés qui étouffent le corps. Quand ce n’est pas la ficelle ou la corde, c’est la chaîne de cou, le lien en tissus qui officient dans un théâtre de la cruauté où ne subsistent in fine – quand la viande a été patiemment escalopée – qu’un instantané des émotions qui nous habitent jour après jour, heure après heure. Mais en les exposant sur des grands formats, Peggy Viallat-Langlois capte notre regard et nous force à regarder en face ces émotions, flottant entre sadisme et masochisme.
 

Extension du domaine de l’artiste

En 2012, elle rencontre Michel Houellebecq et co-réalise avec lui un premier livre d’artiste dans la série, « D’un jardin à l’autre », des éditions Bourdaric. Trois ans plus tard, à l’invitation de l’éditeur d’art Renaud Vincent, ils collaborent de nouveau autour d’une déclinaison de La possibilité d’une île, le roman de M. Houellebecq publié dix ans auparavant. Peggy Viallat-Langlois illustre alors 30 exemplaires de dessins uniques. De cette rencontre en deux temps, Michel Houellebecq finira forcément sur une toile, le portrait tiré et bardé de couleurs sanguinaires. L’édition d’artiste devient fin 2015 un nouveau domaine d’activité de Peggy Viallat-Langlois qui fonde une maison d’édition, A/OVER, visant à développer les liens entre littérature et arts plastiques. Elle produit des coffrets collectifs à petits tirages à prix fixe quelle que soit la renommée de l’artiste qui y collabore. Lieu-carrefour où se tissent rencontres, dialogues et échanges pour que les voix soient visibles et vivantes et un outil d’ apprentissage et de recherche personnel.

Peggy Viallat-Langlois participe actuellement à l’exposition collective « Autour du portrait » avec Eric Lacombe, Victor Otero Agnès Marillier et Florian Eyman. Vernissage le 1er juin à la Galerie C. Mainguy à Lyon.

Extrait de l’ouvrage « D’un jardin l’autre » avec Michel Houellebecq

Extrait de l’ouvrage « D’un jardin l’autre » avec Michel Houellebecq

Extrait de l’ouvrage « La possibilité d’une île » avec Michel Houellebecq

Extrait de l’ouvrage « La possibilité d’une île » avec Michel Houellebecq

Boxe

Toutes les photos publiées avec l’autorisation de Peggy Viallat-Langlois

Plus d’informations :

Le site de Peggy Viallat-Langlois

Le site des éditions A/OVER

Galerie C. Mainguy  130, montée de la Grande Côte – Lyon 1er

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