dans Peinture, Photographie

Diplômée de l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg en 2005, Ayline Olukman (née en 1981) a fait de la photographie le premier support de son travail artistique. Son début de carrière est alors rythmé de voyages dans des contrées exotiques, rocailleuses, retranscrits sous forme de road-movies, de lieux-mouvement.

De ce travail photographique est né celui sur la peinture, où la notion de déclic subsiste et où la pertinence du cadrage rappelle l’œil affûté de la photographe. Elle y a conservé aussi un goût pour le mouvement et l’aventure. Paradoxalement, les peintures figées d’Ayline Olukman suggèrent le mouvement une fois replacées dans la série à laquelle elles appartiennent, comme les images d’un film s’animent lorsqu’elles se succèdent rapidement. Non que ses séries soient cinématographiques, mais elles racontent un voyage dont ne subsisteraient que des flashs, des rémanences picturales.

A l’instar du Nouveau Roman qui a fait de la banalité, des moments anodins une matière littéraire originale, Ayline Olukman s’attarde sur les entre-lieux, ces espaces des marges urbaines, « en retrait », abandonnés ou désolés. Là, point de rencontre avec des sujets extraordinaires – tout peut devenir sujet, n’importe qui satisfait son œil – bien au contraire, Ayline Olukman y capture l’ordinaire, l’attente, le vide, l’absence, le temps suspendu, à la manière d’un Samuel Beckett. Elle capture oui, car son premier outil d’artiste reste l’appareil photo. Les tirages sont ensuite retravaillés, colorisés à l’encre, recouverts de giclées de peinture, comme une réalité augmentée. Pas d’artifices malicieux cependant : Ayline Olukman travaille à découvert et dévoile sans pudeur ses collages de papier dont les contours structurent la toile. La colorisation photographique rappelle d’une certaine manière les sérigraphies rehaussées de Warhol auquel elle fit d’ailleurs un clin d’œil dans l’exposition « Pop Art Extended » (İsimsiz, Istanbul, 2011), le rendu esthétique renvoyant davantage aux colorisations du premier Vingtième siècle. Les femmes – parfois pin-up – ont une place importante dans ses œuvres. Flottant à la surface de l’eau, allongées sur la sable, lascives (série Water), elles ont la beauté dangereuse qu’aimaient peindre les préraphaélites anglais.

Les peintures photographiques d’Ayline Olukman trouvent leur place entre les villes déstructurées d’Yves Badhi-Dahdah et les rehaussements saturés/désaturés de Laurent Allory.

Ayline Olukman – The wind, 2017 (52×34). Photographie originale à gauche, rehaussée à droite.

Ayline Olukman, “Kissing the Sun” 2017, huile et collage sur chassis toilé, 30 x 30 in. © Massey Lyuben Gallery

Ayline Olukman, vue de l’exposition “Kissing the Sun”, © Galerie Massey Lyuben, New York, 2017
Ayline Olukman, “The pose » série Paradise Lost,  2015, huile et collage sur chassis toilé, 100 x 100 cm
Ayline Olukman, “Jeanne » 2016, huile et collage sur chassis toilé, 23 x 17 in
Ayline Olukman, “Exotic » série Still life,  2014, huile et collage sur chassis toilé, 100 x 74 cm

 

Plus d’informations :

Exposition Kissing the sun jusque fin avril à la Galerie Massey Lyuben

Site personnel d’Ayline Olukman

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