dans Esprit DIY, es-tu là ?

Le Costaricain illustre la banalité du quotidien à travers des instantanés bruts.

Lorsqu’il s’affère, Mangel privilégie l’émotion et la spontanéité à la justesse technique et la réflexivité. Il revendique l’influence de peintres allemands tel que Martin Kippenberger (dont on retrouve l’idée de solitude), Neo Rauch, Sigmar Polke, Georg Baselitz, mais Raymond Pettibon n’est jamais très loin non plus. Ses techniques favorites sont les pastels gras, l’aquarelle et les feutres, toutes permettant une exécution rapide et discrète.

L’une de ses dernières séries a pour cadre un voyage en voiture à travers les Etats-Unis en pleine effervescence électorale. Parti avec un ami, il voulait observer cette confrontation d’idées entre deux faces d’un même pays, à défaut d’un même Monde. Les stations-service, étapes obligées de cette traversée, servirent de base commune au dessin, Mangel croquant leur intérieur fade. Intéressant parti-pris car, les stations-service américaines sont présentes dans l’imaginaire collectif global, devenu un symbole phare, une référence commune des grandes œuvres de la culture populaire américaine – qu’elle soit littéraire ou cinématographique – où le road trip constitue la trame narrative (Sur la routeEasy RiderThelma et Louise, Sailor et Lula…). Adrian Mangel s’inscrit donc dans cette lignée, confortant la place importante de la station-service dans le paysage américain contemporain.

Costaricain, Adrian Mangel revendique sa culture du ballon rond, seconde religion des pays latins d’Amérique. Le football – à travers ses grandes stars mondiales d’hier et d’aujourd’hui, ses grands rendez-vous (l’Euro 2016, par exemple) ou ses avatars Panini – n’échappe à la main de Mangel qui lui redonne son caractère magique, celui qui fait briller les yeux des enfants. Le football, mais aussi la boxe, les rallyes automobiles, le tennis, le catch… Mangel partage la banalité de son quotidien – qui est celui de milliards de personnes dans le monde – sans ambages, ni construction sociale d’un autre soi. Ses dessins sont sincères et sans ironie : Mangel ne peint que ce qu’il aime et qu’il veut partager. Si son art est dénué de critique sociale évidente, le choix de la banalité comme sujet central est un positionnement politique fort : en faisant du banal le cœur de son oeuvre, Mangel interroge ainsi sur la normalité d’une inaccessibilité de l’art pour le commun des mortels.

Et c’est ainsi qu’Adrian Mangel ouvre ses bras au Monde.


Plus d’informations :

http://adrianmangel.com

Instagram : adrianmangel

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