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Le Barcelonais Francisco de Pajaro est un artiste de l’éphémère. Allant à contre-courant d’un street art patrimonialisé, celui qui a pris pour « nom de guerre » Art is Tra$h privilégie la création hautement altérable en utilisant pour créer ses œuvres des sacs à ordures, des morceaux de meubles, des débris d’objets divers glanés au hasard de ses déambulations dans les rues des grandes métropoles.

 

Un indien dans la ville

Deux doigts de peinture blanche sur les joues, des plumes d’oiseau derrière la tête, Art Is Tra$h rôde dans les rues, y sculpte les immondices du Monde et personnifie les rebuts à travers des installations à forte connotation politique. Célèbrant les égouts, il met en évidence le consumérisme sauvage des sociétés modernes qui n’a d’égal que leur propre vanité et égoïsme exacerbé. Ces sacs poubelles allongés près des caniveaux, transformés en monstres urbains ou en animaux géants amusent les passants qui n’hésitent pas à faire des selfies à grand renfort de sourires ; dans le même temps, les SDF assis à proximité sont ignorés.

Art des poubelles

La démarche d’Art Is Tra$h est elle-même une réaction à une loi votée à Barcelone en 2006 qui a rendu illégale toute peinture murale. Beaucoup de muralistes ont alors quitté la ville catalane et c’est à ce moment que Francisco de Parajo a identifié ce nouveau support d’expression que sont les déchets urbains. A peine achevées, les installations d’Art Is Tra$h disparaissent, emportées par les rotations quotidiennes des services de nettoyage. Son art s’apprécie hic et nunc et n’a pas vocation à entrer dans un musée. Celui qui considère que nourrir un affamé à plus de valeur qu’un millier d’œuvres d’art rappelle que son nom d’artiste n’est pas un simple jeu de mots : la bulle spéculative qui s’est emparée du street art a détourné cet art urbain de sa philosophie originelle, généreuse et altruiste, vers un cynisme marchand qui l’emporte de plus en plus sur la sincérité des artistes. En février, il est intervenu dans un restaurant-club barcelonais composant, en direct et au milieu des clients, une fresque murale en carton, fortement inspirée par le Guernica de Picasso.

En dehors de ces installations en pleine rue, Art Is Tra$h produit une œuvre hétéroclite, colorée et brute, toujours naïve et mouvementée où se rencontrent cowboys et indiens, toreros, chevaux et autres animaux…

Plus d’informations :

www.franciscodepajaro.com

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