dans Peinture

 

Les gouvernements changent, l’art reste.

Speedy Graphito, Mars 2017.

En quelques années, Miami est devenu l’une des places fortes de l’art contemporain, sous l’impulsion de la grand-messe Art Basel. Les galeries les plus prestigieuses d’Amérique du nord, d’Asie et d’Europe viennent y faire dorer leurs toiles sous le soleil de Floride… chaque année, plus de 250 y accourent.

De ce mouvement, une multitude d’autres fairs ont vu le jour : Pulse Miami Beach, Context Art Miami, Untitled Art… Pendant quelques jours, collectionneurs et nouveaux riches détournent leur regard des corps parfaits de la Beach Walk pour investir leurs dollars dans les noms qui circulent. Chaque année, pendant la première semaine de décembre, c’est le Miami Art Week sous les palmiers.  

A côté de ces salons “champagne”, d’autres événements moins formatés comme le Wynwood Walls invitent les plus belles signatures du street-art et du pop-surréalisme à réaliser des murals. Et là encore, c’est le défilé : Shepard Fairey, Ron English et même notre Miss Van nationale…  Le Google Art project s’y est d’ailleurs investi en intégrant les œuvres commandées par Wynwood dans sa collection, comme par exemple cette fresque de Remed et Okuda pour le Street of Colour.

 

C’est dans ce contexte que Speedy Graphito a posé ses valises ces derniers mois à The Gateway to the Americas, pour travailler sur une exposition personnelle à la Fabien Castanier Gallery, qui présente régulièrement les œuvres du Français à Miami et Los Angeles.

 

Après plus de 30 années d’activité, Speedy semble toujours aussi prolifique, démontrant un désir de ne pas s’enfermer dans un style, de rester à l’écoute de ses pulsions plutôt que de choix calculés d’un artiste pourtant “institutionnalisé”. Que de chemin parcouru depuis les premiers Lapinture et autres créations iconiques des eighties clairement sous influence de la Figuration Libre ! Ainsi restera l’image du cheval cabré sur l’affiche La Ruée vers L’Art en 1985, commanditée par le Ministère de la Culture époque Jack LangInstitutionnalisé donc, puisque le Musée du Touquet accueille jusqu’au 21 mai la première rétrospective “Un Art de Vivre” à travers 60 peintures et volumes de l’artiste, retraçant son parcours, son avidité de liberté et de nouveauté.
Dans son univers urbain aux couleurs saturées et peuplé de personnages emblématiques de la pop-culture, jusqu’à ses œuvres pixelisées, déstructurées, voire abstraites-minimales (comme sa série Résolution exposée à la galerie Polaris à Paris en 2015 ), Speedy Graphito s’affiche comme le témoin d’un monde désenchanté et remixé, où les – ses – créations sont passées de la rue aux cimaises, puis aux écrans.

 

SPEEDY GRAPHITO – L’INTERVIEW TRIPLE VRILLE

Par Anto Squizzato

 

 A propos de ton exposition « An american story ». Comment l’inscris-tu dans le contexte américain actuel – ou en est-elle complètement déconnectée ? – et comment vis-tu ton statut d’artiste français « expatrié » au moment où le pouvoir US dresse des murs ?

Mon exposition « An American story » a été conçue avant les résultats électoraux. Elle raconte l’histoire américaine de l’art à travers les artistes qui l’ont représentée. Elle parle aussi de leurs influences comme Matisse a pu l’être pour Lichtenstein. La politique a des concepts trop éphémères pour que je m’y intéresse. Les gouvernements changent, l’art reste.

 

 Comment ressens-tu cette tension grandissante entre un street-art « indoor » ou « autorisé » et institutionnalisé et adoubé par le marché de l’art et une répression de plus en plus sévère pour les artistes qui pratiquent un street-art « hardcore », c’est-à-dire conservant une dimension vandale ?

Street-art est un mot fourre-tout beaucoup trop général pour englober toutes les disciplines urbaines. On en oublie les différences de motivation.
L’un se nourrit d’une démarche artistique, l’autre défend une culture. La tension vient du marketing économique qui s’est emparé du mouvement créant des jalousies entre ses représentants. Je pense qu’il y a beaucoup d’hypocrisie car au final tous veulent être riches et célèbres.

 

Est-ce que ta stature d’artiste d’envergure internationale te permet encore de descendre dans la rue « incognito » ?

Je ne suis pas un acteur de cinéma donc mes œuvres sont plus connues que mon visage. Je suis donc incognito. La vraie question est la motivation pour faire des murs en mode sauvage.
Je n’ai jamais ressenti l’illégalité comme un atout. Cela oblige de travailler vite, trop vite pour faire une fresque aboutie. Je préfère donc les commandes d’envergures aux pulsions primitives qui ne font que saturer l’espace urbain.

 

An American Story est le fruit d’une résidence de plusieurs mois dans son studio de Miami : un façon de vivre son rêve américain, tout comme son aîné de la Figuration Libre Hervé Di Rosa l’avait réalisé, expatrié en Floride en 2002.
Dans cette série de tableaux, Speedy Graphito convoque des peintres qui ont marqué l’histoire de l’art dans son univers. Ainsi les poitrines blanchies aux tétons fraise-tagada de Tom Wesselmann titillent l’insouciante naïveté du plombier Mario, tandis qu’un Pinocchio coupable calme ses ardeurs adolescentes devant un bol de Campbell’s Soup de chez Warhol.

L’Amérique est déjà grande !

 

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